Pollution plastique au Togo : le Parlement veut passer des constats aux réformes

Au terme de deux jours de réflexion, le Parlement togolais entend donner un nouvel élan à la lutte contre la pollution plastique. Réunis les 2 et 3 octobre à Lomé, parlementaires, élus locaux, experts, organisations de la société civile et acteurs de la gestion des déchets ont planché sur l’adaptation du cadre législatif national à l’ampleur du phénomène.

La rencontre a été organisée par l’Assemblée nationale avec l’appui de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), dans le cadre de la coopération avec l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Elle a pour but de  permettre aux décideurs togolais de mieux s’approprier les outils législatifs disponibles et surtout d’identifier ceux qui peuvent être adaptés aux réalités nationales.

Le Parlement face à un « envahisseur silencieux »

En ouvrant les travaux vendredi, le président de l’Assemblée nationale a décrit la pollution plastique comme un « envahisseur silencieux », dont les conséquences touchent à la fois l’environnement, la santé publique et les activités économiques. Il a rappelé les différents acquis du Togo, notamment la loi-cadre sur l’environnement de 2008 et le décret de 2011 encadrant l’usage des sachets plastiques non biodégradables.

« En vue de juguler ce fléau qu’est la pollution plastique, les représentants du peuple et ceux des territoires, les pouvoirs publics et les organisations de la société civile doivent travailler de concert », a déclaré Komi Selom Klassou.

Le Togo dispose déjà d’un arsenal juridique en matière de lutte contre les déchets plastiques. Mais plus d’une décennie après l’adoption du décret de 2011, la question de son application demeure centrale.

Les échanges de Lomé ont ainsi permis de revenir sur les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des textes, mais aussi sur les nouvelles formes de pollution qui nécessitent une évolution de la réponse publique. La gestion des déchets ne peut plus être envisagée uniquement sous l’angle de la collecte et de l’élimination.

Les participants ont notamment examiné des pistes portant sur la réduction des déchets à la source, leur réemploi et leur valorisation, mais également sur la responsabilité des producteurs et les mécanismes économiques pouvant accompagner la transition vers une économie plus circulaire.

Responsabilité des producteurs et fiscalité écologique

Le corpus législatif présenté par l’APF propose plusieurs leviers susceptibles d’inspirer les futures réformes togolaises. Parmi eux figurent l’interdiction ciblée de certains plastiques à usage unique, la mise en œuvre de la responsabilité élargie des producteurs, l’instauration d’une fiscalité écologique et la promotion d’une commande publique plus durable.

La réflexion dépasse donc largement la seule question des déchets visibles dans les rues ou dans les caniveaux. Elle touche à l’ensemble du cycle de vie du plastique qui est production, consommation, utilisation, collecte, traitement et valorisation.

Le représentant de l’OIF, Bakary Junior Bamba, a rappelé l’urgence du problème à l’échelle mondiale. Selon les données présentées durant les travaux, plus de 500 millions de tonnes de plastique ont été consommées dans le monde en 2024, dont près de 400 millions destinées à devenir rapidement des déchets. Sans action coordonnée, la quantité de déchets plastiques pourrait presque tripler d’ici 2060.

Transformer les échanges en décisions

Au-delà des communications et des débats, l’enjeu désormais est de savoir ce que le Parlement fera des enseignements tirés de ces deux journées.

Pour N’Ladon Nadjo, président de la commission de l’environnement et des changements climatiques, le séminaire devait permettre de « confronter les expériences, d’identifier les obstacles et de dégager des pistes concrètes » autour de la réduction des déchets à la source, de l’amélioration de la collecte, de leur valorisation et du changement des pratiques.

Les participants ont également été sensibilisés aux données scientifiques sur la pollution plastique, au processus du traité mondial sur cette question porté par le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), ainsi qu’aux expériences de gestion des déchets à Lomé et dans les régions.

Louis KAMAKO

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