Au Togo, le débat sur l’utilité de l’école et son adéquation avec les réalités du monde du travail ne date pas d’hier. Alors que de plus en plus de voix dénoncent une formation jugée trop théorique et insuffisamment connectée aux besoins de l’économie, une réforme engagée par le ministère de l’Éducation nationale entend rapprocher davantage l’apprentissage scolaire de la pratique. Une orientation qui fait écho à une idée défendue depuis plusieurs années par l’artiste King Mensah.
« L’école forme-t-elle encore pour la vie ? » La question revient avec insistance dans les conversations au Togo. Dans les familles, dans les milieux professionnels et jusque sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur le décalage entre les années passées sur les bancs et les difficultés rencontrées ensuite pour accéder à un emploi ou créer sa propre activité.
À force de voir des diplômés peiner à trouver un emploi correspondant à leur formation, certains vont jusqu’à remettre en cause la pertinence même du système scolaire. L’expression selon laquelle « l’école forme des chômeurs » s’est ainsi installée dans le débat public, traduisant moins un rejet de l’éducation qu’une frustration face aux limites perçues d’un modèle essentiellement tourné vers l’acquisition de connaissances théoriques.
C’est dans ce débat que s’inscrit depuis plusieurs années la réflexion de l’artiste togolais King Mensah. Pour lui, l’école ne devrait pas seulement préparer les enfants à obtenir des diplômes ; elle devrait également leur permettre d’acquérir des savoir-faire directement utiles dans la vie.
King Mensah et le plaidoyer pour une école plus pratique
King Mensah n’est pas nouveau dans ce débat. L’artiste a régulièrement appelé à une évolution du système éducatif togolais, estimant que les programmes scolaires doivent davantage tenir compte des réalités et des besoins du pays.
Dans une intervention rapportée par Agridigitale, il déplorait déjà un système éducatif qu’il jugeait « désuet, dépassé et pas adapté à l’évolution du pays », estimant que les programmes comportaient encore beaucoup d’enseignements qui pourraient laisser davantage de place à des apprentissages pratiques.
L’artiste proposait notamment d’introduire davantage de contenus liés à l’agriculture, à l’élevage, à la pêche ou encore à l’artisanat. L’idée centrale était de ne plus opposer école et métier, mais de faire de l’établissement scolaire un espace où l’enfant acquiert aussi des compétences pratiques.
Cette vision rejoint également une préoccupation qui est celle de préparer les jeunes non seulement à poursuivre leurs études, mais aussi à pouvoir s’insérer dans la vie active ou développer une activité génératrice de revenus.
Classes-métiers : l’école togolaise passe de la théorie à l’expérimentation
À compter de la rentrée scolaire 2026-2027, le ministère de l’Éducation nationale a introduit, à titre expérimental, les classes-métiers. La réforme concerne notamment les élèves du CM1 et du CM2 ainsi que les collèges et lycées scientifiques.
Le principe permet aux apprenants d’être exposés plus tôt à la pratique et à la découverte des métiers, au lieu d’attendre les dernières années de leur parcours scolaire pour commencer à réfléchir à leur orientation professionnelle.
Mama Omorou a expliqué que le dispositif prévoit au moins deux heures de classes-métiers par semaine. Ces séances sont organisées directement dans les établissements avec l’intervention de professionnels, mais aussi dans des ateliers ou des entreprises afin de mettre les élèves en contact avec la réalité des métiers.
« La jeunesse nous a fait comprendre qu’elle ne veut plus réciter le monde, elle veut le fabriquer », a déclaré le ministre, pour justifier cette nouvelle orientation. Il explique que l’objectif est justement de permettre aux enfants de découvrir les métiers suffisamment tôt et de susciter des vocations.
La réforme s’inscrit dans une transformation plus large du système éducatif. M. Omorou annonce à cet effet le renforcement des filières scientifiques et technologiques ainsi que le déploiement progressif de FabLabs éducatifs et de centres régionaux d’innovation technologique, avec notamment des apprentissages autour de l’intelligence artificielle, de la robotique et de l’impression 3D.
Louis KAMAKO



