New World TV : de lourdes sanctions contre la perception des perdiem au reportage

À New World TV, les reporters devront désormais se passer des enveloppes remises directement par les clients lors des missions de reportage. Aboubakar Coulibaly interdit la sollicitation ou l’acceptation de perdiems auprès des clients. Le directeur général du  groupe de télévision privé togolais prévoit des sanctions disciplinaires en cas de manquement et remet sur la table le vieux débat sur les « enveloppes » versées aux journalistes en Afrique.

« Lorsqu’une somme est remise sur le lieu du reportage, les membres de l’équipe doivent d’abord demander au client s’il s’agit de frais de transport ou d’un pourboire accordé à titre personnel », a notifié la direction générale aux confrères journalistes.

Dans le premier cas, la somme ne doit pas être acceptée. La direction indique qu’elle devra être remboursée et pourra, si nécessaire, être retenue sur la prochaine paie du salarié concerné.

 « Tout perdiem demandé, réclamé ou reçu d’un client sera considéré comme un manquement professionnel susceptible de sanction disciplinaire. » a brandi M. Coulibaly.

Une nuance est toutefois apportée concernant les pourboires. Le client reste libre d’en accorder un de sa propre initiative, mais le journaliste ne doit ni le solliciter ni l’exiger.

Pour la direction de New World TV, cette règle doit permettre de préserver « les relations de confiance avec nos clients » ainsi que l’image de la chaîne.

Quand les enveloppes complètent les revenus

La décision de New World TV intervient dans un contexte beaucoup plus large. Dans plusieurs pays africains, les journalistes connaissent depuis longtemps la pratique des enveloppes remises à l’occasion des reportages, conférences, ateliers ou cérémonies. Le terme générique de « perdiem » recouvre des réalités différentes selon les pays.

Au Togo, cette pratique est notamment connue sous le nom de « communiqué final ». L’expression désigne traditionnellement les sommes remises aux journalistes à l’issue d’une couverture.

En Afrique de l’Ouest, le terme « gombo » est également très répandu dans le vocabulaire professionnel et populaire. Des travaux consacrés aux médias africains l’emploient notamment pour désigner ces gratifications versées aux journalistes. Au Cameroun, par exemple, le « gombo » est explicitement décrit comme le nom de code donné au per diem dans certains milieux médiatiques.

En République démocratique du Congo, on parle plutôt de « coupage ». Une étude universitaire consacrée au phénomène le décrit comme une allocation financière ou matérielle accordée aux professionnels des médias par leurs sources lors de couvertures d’événements. Elle relève également le paradoxe d’une pratique perçue par certains comme une aide permettant de travailler dans des conditions précaires, mais considérée par d’autres comme susceptible de compromettre l’indépendance journalistique.

Au Sénégal, le terme le plus couramment documenté reste celui de « per diem », généralement présenté comme une enveloppe destinée à couvrir les frais de déplacement des journalistes lors des événements. Des publications sur le secteur médiatique sénégalais soulignent également le lien entre cette pratique et la précarité des professionnels, alors que les rémunérations et les conditions contractuelles demeurent difficiles pour une partie de la profession.

En Guinée, des travaux sur les médias ont également documenté l’attente d’enveloppes ou de per diem, dans un contexte où les conditions de rémunération d’une partie des journalistes sont difficiles. Une enquête publiée en 2022 rapportait notamment que 21,11 % des journalistes interrogés déclaraient ne pas avoir de salaire et que beaucoup ne bénéficiaient pas de moyens de déplacement.

Au Bénin, enfin, la formule « communiqué final » est également documentée dans la littérature sur les médias, pour désigner les sommes versées aux journalistes venus couvrir une manifestation.

Derrière ces appellations se trouvent  des rédactions dont les revenus peuvent être faibles, irréguliers ou insuffisants pour couvrir les frais liés au métier. Ces  sommes ont parfois fini par être considérées comme un complément de revenu. Au Sénégal, une analyse du secteur évoquait ainsi une situation sociale difficile pour une partie des journalistes et une forte dépendance aux per diem.

Mais cette pratique soulève aussi une question déontologique majeure. Lorsqu’un journaliste reçoit de l’argent de la personne ou de la structure qu’il vient couvrir, le risque de conflit d’intérêts apparaît. La frontière entre remboursement de frais, pourboire et rémunération informelle du traitement de l’information peut alors devenir difficile à établir.

Après la TVT, New World TV s’attaque à son tour au phénomène

Au Togo, New World TV devient ainsi un nouvel acteur médiatique à vouloir encadrer strictement cette pratique, après la télévision nationale TVT, selon les éléments rapportés dans le milieu professionnel.

La décision peut aussi se comprendre à la lumière d’un autre élément. Les  reportages réalisés pour des clients sont eux-mêmes des prestations commerciales facturées par les médias. Dans le cas de New World TV, selon les montants évoqués dans le milieu professionnel, certaines prestations de reportage peuvent atteindre 200 000 à 250 000 francs CFA, selon la nature de la demande et le dispositif mis en place.

Autrement dit, le client paie déjà une prestation à l’entreprise. Pour la direction, il devient donc difficile de justifier qu’une équipe venue réaliser cette même prestation réclame ou accepte en plus une somme directement auprès du client au titre du transport ou du perdiem.

C’est précisément l’argument avancé dans la note interne : les frais de transport sont censés avoir été intégrés au devis validé avec le client. La direction considère donc qu’une seconde perception directe par les membres de l’équipe ferait double emploi.

Désormais il y a lieu de savoir  si les journalistes doivent renoncer à cette source de revenus informelle, leurs rémunérations salariales suivront-elles la même évolution ?

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