Au Togo, décrocher un doctorat ne garantit pas nécessairement un emploi stable. Faute de débouchés professionnels, certains titulaires de ce diplôme se tournent vers les vacations dans l’enseignement supérieur. Mais les retards de paiement de leurs heures de cours compliquent davantage leur situation. Un docteur vacataire témoigne de difficultés dont, selon lui, beaucoup hésitent à parler.
Au terme de plusieurs années d’études et de recherche, le doctorat représente souvent l’aboutissement d’un long parcours universitaire. Mais pour certains docteurs au Togo, le diplôme ne débouche pas sur la stabilité professionnelle espérée. Entre difficultés d’insertion sur le marché du travail et recours aux vacations universitaires, les perspectives restent incertaines.
Pour ceux qui enseignent dans les universités, la précarité peut prendre une autre forme. Les retards dans le versement des rémunérations sont leur quotidien. Un docteur vacataire, qui a souhaité témoigner de cette situation, décrit des délais de paiement pouvant atteindre dix mois à un an après les enseignements dispensés.
Des heures de cours effectuées, mais une rémunération tardive
Le fonctionnement de l’année universitaire permet de comprendre les difficultés rapportées. Elle est organisée autour de deux semestres l’Harmattan, généralement d’octobre à février, et la Mousson, de mars à juillet.
À la fin de chaque semestre, les enseignants vacataires doivent remplir leur cahier de textes. Les états de paiement sont ensuite établis en fonction du volume horaire effectué, avant d’être transmis au Trésor public pour le traitement des paiements.
Mais entre l’accomplissement des formalités administratives et le versement effectif de l’argent, les délais peuvent être particulièrement longs, selon le témoin.
« Des fois, cela dure dix mois à un an avant d’être payé », explique ce docteur vacataire, qui affirme être lui-même confronté à cette situation.
Il cite notamment les primes de vacation du semestre Harmattan de l’année universitaire 2025-2026, qui, selon son témoignage, n’avaient toujours pas été versées au moment où il a décrit sa situation.
Ces retards peuvent placer les enseignants concernés dans une situation financière difficile. Après avoir assuré leurs heures de cours, ils doivent continuer à faire face à leurs dépenses quotidiennes sans savoir précisément quand ils percevront leur rémunération.
La peur de parler
Au-delà des retards de paiement, le témoignage soulève une question plus large : celle de l’insertion professionnelle des titulaires d’un doctorat au Togo.
Quelle que soit leur spécialité, certains docteurs peinent à trouver un emploi correspondant à leur niveau de qualification. D’autres se tournent vers l’enseignement universitaire, notamment les travaux dirigés, dans l’attente d’une opportunité professionnelle plus stable.
La vacation constitue alors une possibilité d’exercer son métier et de transmettre ses connaissances. Mais lorsque les rémunérations arrivent avec plusieurs mois de retard, cette activité ne permet pas toujours de répondre aux besoins financiers immédiats.
La situation décrite met ainsi en évidence un paradoxe : des personnes ayant consacré de nombreuses années à leur formation et à la recherche peuvent rencontrer des difficultés pour accéder à un emploi stable et être rémunérées dans des délais raisonnables pour le travail accompli.
Pour le docteur qui témoigne, le problème reste insuffisamment évoqué dans l’espace public. Certains concernés hésitent à s’exprimer, par peur ou par honte, ou parce qu’ils redoutent les conséquences d’une prise de parole sur leur avenir professionnel.
Cette réserve contribue à rendre les difficultés moins visibles. Elle souligne également la nécessité de recueillir d’autres témoignages afin de mieux mesurer l’ampleur du phénomène, les spécialités concernées et les conséquences des retards de paiement sur les conditions de vie des enseignants vacataires.
Car derrière les heures de cours figurent aussi des dépenses courantes notamment le logement, le transport, l’alimentation et les responsabilités familiales. L’absence de rémunération pendant plusieurs mois peut fragiliser davantage des personnes qui ne disposent pas nécessairement d’autres sources de revenus.
Louis KAMAKO



